Frantz Saintellemy : un entrepreneur à succès enraciné dans sa communauté

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Frantz Saintellemy se décrit comme une « improbabilité statistique ». Parti d’Haïti à l’âge de huit ans, il a été élevé dans une famille monoparentale dans des quartiers défavorisés du nord de Montréal. « Je n’aurais pas pu m’imaginer que le jeune Frantz deviendrait un expert mondialement reconnu dans les technologies de pointe qui a lancé des entreprises, qui a formé des entrepreneurs et qui est chancelier de l’Université de Montréal. » C’est peut-être la raison pour laquelle, même si les succès s’enchaînent, il se fait un point d’honneur de redonner à la communauté. Rencontre avec cet ingénieur et diplômé du programme EMBA.

 

En octobre 2021, vous avez été nommé chancelier de l’Université de Montréal. Cela fait de vous non seulement la première personne faisant partie de la diversité à occuper cette fonction, mais également la plus jeune au Québec. Comment avez-vous réagi à cette proposition?

 

Sur le coup, je pensais qu’on s’était trompé ! Je ne me voyais pas comme chancelier, puisque j’étais trop jeune. Mais ils m’ont expliqué pourquoi j’étais le meilleur candidat pour amener l’université à une prochaine phase, plus innovante, axée sur l’entrepreneuriat et sur les enjeux d’équité, de diversité, d’inclusion, d’environnement, tout en étant plus proche de sa communauté. Ce sont toutes des valeurs que je porte.

 

Ils ont même adapté le rôle à ma vie!

 

Des valeurs que vous incarnez aussi en tant qu’entrepreneur. Après avoir étudié à Boston à l’Université Northeastern, puis au Massachusetts Institute of Technology, vous avez travaillé dans des entreprises de technologie, puis en avez ensuite lancé plusieurs. Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’entrepreneuriat? 

 

J’ai réalisé que les entreprises du domaine technologique généraient de grands profits, mais que l’argent était très concentré. Comme je venais d’un quartier pauvre, d’un pays pauvre, je savais tout ce qu’on pouvait faire avec de l’argent. Je me suis donc dit que ce serait plus facile de m’impliquer dans des causes qui me tenaient à cœur si j’avais un meilleur contrôle du flux monétaire. Je voulais en faire plus pour contribuer plus.

 

D’où l’idée de fonder le Groupe 3737?

 

Oui. Quand je suis revenu à Montréal, les quartiers où j’avais grandi, c’est-à-dire Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies et Saint-Michel, étaient très associés aux gangs de rue, et je trouvais triste que les jeunes soient étiquetés ainsi. En même temps, pour favoriser l’intégration, il faut agir sur le côté économique. C’est pourquoi mon épouse et moi avons lancé le Groupe 3737, un incubateur et accélérateur d’entreprises destiné aux entrepreneurs immigrants qui utilisent les technologies comme levier.

 

Nous avons ouvert [le Groupe 3737] en 2012 dans un local de 50 000 pieds carrés, avec laboratoires, espaces de codéveloppement et de cocréation, situé dans le quartier Saint-Michel. À ce jour, 1000 entrepreneurs ont été accompagnés, ce qui a permis la création de plus de 150 entreprises et de 400 emplois. Depuis son ouverture, plus de 20 M$ d’investissements privés y ont été injectés, et nous avons ouvert une dizaine de bureaux à travers le Canada.

 

Le côté humain semble toujours en filigrane dans votre parcours. Depuis 2017, vous êtes président et chef de l’exploitation de LeddarTech, une entreprise qui se spécialise dans le développement de véhicules autonomes et d’aide à la conduite. C’est aussi le cas dans ce rôle?

 

Oui, car la grande majorité des accidents de la route sont dus à l’erreur humaine. Les solutions technologiques que nous développons permettent donc d’assister les conducteurs et de limiter les risques d’accident. Mais surtout, nous travaillons sur l’automatisation des transports, ce qui diminue leurs coûts. On peut ainsi démocratiser l’accès à la mobilité. Par exemple, à Montréal, certains secteurs sont mal desservis en transports en commun, et il n’y a ni cégep ni université à proximité. En y ajoutant des navettes à haute fréquence vers le métro, on aplanit ces différences entre les quartiers riches et pauvres. C’est là-dessus que nous travaillons.

 

En terminant, vous avez obtenu votre MBA pour cadres offert conjointement par l’Université McGill et HEC Montréal en 2020. Qu’est-ce que cela vous a apporté? 

 

C’est un programme axé sur la gestion, mais aussi sur le leader. Cela m’a permis de comprendre que, depuis le début de ma carrière, j’ai toujours tablé sur mes forces, c’est-à-dire mon humanisme. C’est ce qui me permet de rallier les gens, de les amener à aller plus loin avec moi. J’ai aussi réalisé que le fait d’asseoir une entreprise sur ses valeurs générait plus de retour. Je le savais intuitivement, mais j’ai réalisé que l’EDI (Équité, Diversité, Inclusion) pouvait être un élément d’affaires, une différenciation.

 

Anne-Marie Tremblay – 37e AVENUE

 

*Les propos de Frantz Saintellemy ont été édités pour faciliter la lecture.

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